Miroir  trouble

 

Tout commence sans que l’on y prête la moindre attention. Un fait-divers comme tant d’autres, oublié avant même d’exister. L’homme est retrouvé chez lui, décédé depuis peu. Pas de quoi fouetter un journaliste. Sauf peut-être la bouteille de coca vide retrouvée dans son estomac. Catalogué suicide débile ou soif intense. On tourne la page, histoire de passer à autre chose. Manque de pot, autre chose est du même acabit. Une brave dame se noie dans la rivière, une boîte de conserve en travers de la carotide. Question à la clef et réponse évidente : le psychopathe de la conserve a encore frappé. Enquête de rigueur. Troisième tiroir du bureau côté droit. À peine quelques lignes dans les journaux locaux. Silence pathétique dans les journaux télévisés.

 L’été inonde les cieux de ses rayons ardents, enfin un truc dans le genre. Les reporters s’ennuient, les photographes n’ont plus le courage de fixer leurs pieds. Quand, soudain, un parachutiste s’écrase au sol, sa carte bleue soigneusement enfoncée entre les deux lobes de son cerveau. La température monte d’un cran. Comment cet homme, au demeurant fort expérimenté, a pu se laisser aller à sauter dans le vide de cette façon pour le moins curieuse ? Aucun psychopathe de la carte bleue n’étant recensé, la curiosité malsaine pointe à l’horizon. On en parle à la télé. Mais un fait nouveau surgit, reléguant le reste dans l’oubli médiatisé.

 La pluie tombe en plein mois de juillet.

 La brave ménagère et son brave ménager de conjoint lèvent des yeux horrifiés vers les nuages tueurs de vacances. Journaux de tous bords et de toutes latitudes se relaient pour commenter l’évènement. Seulement, comme tout finit par tomber, la pluie décide de faire l’inverse. Et là, horreur personnifiée, çà explose.