Baise-ness (1/2)

– Ne t'inquiète pas, cousin, ce n'est qu'une enquête de routine.

Ousmane adresse un sourire crispé à son interlocuteur. Trois jours se sont écoulés depuis qu'Élodie et lui ont reçu cette lettre du procureur, une convocation pour deux entretiens séparés au sujet de leur projet de mariage. Le jeune homme se remémore tout ce qu'il a vécu depuis son arrivée, et se demande où il a fauté.

– C'est une nouvelle habitude depuis que les lois sur l'immigration se sont resserrées, plus une formalité qu'une enquête sérieuse. Le maire qui devait vous marier a dû penser à une entourloupe, et dans ce cas la loi l'oblige à en informer la Cour.

Tonton Awilo a pris un ton faussement rassurant pour convaincre son client, mais celui-ci reste dubitatif. Les deux hommes sont installés sur la terrasse d'un café place Pigalle. Il est sept heures et déjà le lieu est noir de monde. Dans trois heures Ousmane sera face au procureur, et juste à cette pensée, son sang ne fait qu'un tour. On lui avait pourtant dit qu'il n'y aurait pas de complications, que tout marcherait comme sur des roulettes… Awilo est son contact avec le « réseau », un groupuscule qui monte des combines pour faire passer de façon légale les Africains en Europe. C'est toujours par un tiers qu'on a leur contact ; ils prennent une avance de fond en début de contrat et ne réclament le reste qu'une fois celui-ci rempli.

Pour Ousmane, le coût de l'opération s’élève à deux millions de francs CFA, à peu près trois mille euros. Une somme colossale, absolument inaccessible pour lui. Mais au pays, le bonheur des uns fait forcément celui des autres, alors face aux situations difficiles, on a coutume de se serrer les coudes. Aussi, le conseil familial s'est réuni pour cotiser la somme. Ousmane est devenu l'espoir de tout son village, car en Afrique, aider son prochain, c'est investir à long terme. Restait à bien placer cet argent, et le jeune homme a exigé des informations détaillées sur l'opération.