Ces trois valeurs sont quotidiennement bafouées par l’État lui-même, lorsque les administrations, lorsque l’Éducation nationale refuse, au mépris de la loi, de prendre en charge les enfants malades, handicapés, autistes... Plusieurs de mes connaissances se débattent dans des situations invivables, et ne peuvent mettre leurs enfants à l’école, au motif qu’il est diabétique et qu’il faut surveiller sa glycémie, au motif qu’il est autiste et que son AVSI est mutée ailleurs du jour au lendemain, au motif qu’il est différent, au motif qu’il a besoin d’aide, et que non, l’aide, la fraternité, l’égalité d’accès à l’école, la liberté d’apprendre, c’est trop demander !

Une de mes amies, dont le fils, adolescent autiste, était scolarisé en collège, se retrouve ainsi du jour au lendemain dans une situation inique. Elle a publié plusieurs témoignages très émouvants sur son fils, sur l’autisme, et celui-ci, le dernier, a vocation à être largement relayé. Vous le trouverez sur son blog, et reproduit ici dans son intégralité, avec son autorisation, bien sûr.

Je m’appelle Jeanne-A Debats, je suis écrivain de science-fiction et professeur, je suis également la mère d’un adolescent autiste de 15 ans, « scolarisé » dans le Gers. J'écris afin de donner un éclairage de fond concernant la prise en charge des enfants autistes, non pas telle qu’elle décrite, mais telle qu’elle est vécue.

Enfin, scolarisé, mon fils, l’était plus ou moins, 8 heures par semaine au collège Carnot à Auch, Gers, en ULIS. Cependant tout roulait bon an mal an, et l’enfant était censément accueilli jusqu’en juillet par décision de la MDPH (maison départementale du handicap). Son Aide à l’intégration (AVSI) était une personne volontaire et déterminée, avec laquelle l’enfant avait réussi à établir une relation de confiance indispensable pour ce type d’enfant particulièrement fragile, et elle menait notre projet d’intégration en ImPro de main de maître ainsi que le projet personnalisé de l'enfant au sein de son collège.

Nous pensions son père et moi que la longue suite d’avanies (mois entiers sans école, décisions revues au dernier moment, rentrées ratées) était loin derrière nous et après des années de combat nous estimions pouvoir envisager sereinement les suites de sa scolarité.

C’était vrai jusqu’à lundi dernier.

Le dimanche 23 février, nous recevons un mail de son AVSI qui nous apprend qu’elle est envoyée sur un autre poste avec un autre enfant, et ce dès le lendemain. Quid de l’accueil de notre fils, qui sans cette personne ne peut aller en classe  ?

Le lundi 24/02, au collège, on n’est au courant de rien. On me répond qu’une réunion a bien eu lieu, mais qu’aucune décision définitive n’a été prise. Et que, quoi qu’il en soit, en l’absence de l’AVSI, le collège a le droit de ne pas prendre l’enfant en charge.

Le mardi 25/02, à l’inspection académique qui commence par ne jamais nous répondre (« je transmettrai le message à Monsieur l’inspecteur Marbot, il vous rappellera » dit l’accueil – à ce jour, trois jours après, ce monsieur n’a toujours pas rappelé) puis finit par nous missionner une secrétaire anonyme du bureau de madame Carli-Jardel en charge du déploiement des AVSI sur le Gers. Elle m’explique que c’est seulement parce que l’AVSI est en arrêt maladie que mon fils n’est pas reçu au collège.

Je demande donc si ça signifie que l’enfant sera reçu normalement à la rentrée, on me répond qu’on ne peut pas me le promettre et que je dois comprendre que d’autres enfants ont besoin de cette personne.

Je note donc que, dans la mesure où l’AVSI était redéployée ailleurs, même si elle n’avait pas été en arrêt maladie, mon fils n’aurait pas été reçu comme prévu par la MDPH et que par conséquent ce n’est pas l’arrêt maladie, mais bien une décision unilatérale de l’IA qui laisse mon fils sur le carreau sans prévenir.

Pas de réponse claire.

Je demande quand on comptait m’informer de la situation, il ne m’est pas répondu. Dans la conversation lorsque je signale que tout ceci est parfaitement illégal et que je vais porter plainte par-devant les tribunaux administratifs, on me prévient qu’agir ainsi risquerait « d’envenimer la situation avec les personnels qui reçoivent mon fils au collège Carnot » et lorsque je demande si ça signifie que les professeurs seraient assez peu professionnels pour faire payer à un enfant handicapé la réactivité de ses parents, on me répond que ce n’est pas du tout ce qu’on voulait dire. Mais on insiste bien pour me faire comprendre que d’autres enfants n’ont pas d’AVSI et que c’est horrible pour eux, je dois donc ne pas être aussi autocentrée et comprendre qu’on redéploie les moyens en fonction des besoins. Kayan n’a pas besoin lui d’aller à l’école puisqu’il est déjà reçu en IME (Institut Médico-Éducatif) je rétorque que dans la mesure où on vient de supprimer un demi-poste d’instituteur à cet établissement, ce n’est pas là-bas qu’il pourra réaliser les apprentissages dont on le prive à Carnot.

Le mercredi 26/02, madame Carli Jardel me contacte et me sert une version légèrement différente  :

La décision aurait été prise le vendredi précédent en présence des autorités du collège (les mêmes qui prétendent n’être au courant de presque rien et que d’ailleurs, la décision devait être prise plus tard) et ils auraient dû me prévenir. Elle affirme qu’ils doivent accueillir Kayan puisque nous n’avons pas signé de convention les autorisant à se décharger de l’enfant sur son Institut médico-éducatif en l’absence de personnel accompagnant. J’apprends à cette occasion que Monsieur Maillochon enseignant référent au collège Carnot aurait dû nous faire signer une convention de non-réception de l’enfant en cas d’absence de l’AVSI, que le papier a disparu ou n’a jamais été présenté aux parents. Elle m’invite à envoyer l’enfant au collège et si nécessaire porter plainte contre lui s’ils refusent de le prendre le lendemain.

Ce qu’ils font ce jour 27/02 : le père de l’enfant est en possession du papier l’attestant).

Elle m’informe en outre que l’AVSI de mon fils sera de toute façon redéployée ailleurs à la rentrée, et ce dès la fin de son arrêt maladie, qu’elle ne peut pas garantir l’accueil de l’enfant, ni cette semaine ni après les vacances.

À mon tour, je l’informe de la gravité qu’il y aurait à rompre aussi brutalement la relation pédagogique harmonieuse que mon fils a développée avec son AVSI, qu’en changer lui serait très dommageable en termes d’adaptation et de confiance ainsi qu’à tout enfant déjà normal, mais de façon bien pire pour un autiste dont les terreurs relatives à la nouveauté sont très bien connues. J’ajoute que ce ne serait pas seulement dommageable pour lui, mais également pour ses camarades ainsi que son institutrice : un enfant perturbé, perturbe forcément.

On me répond qu’on ne peut pas tenir compte de cela et qu’il faut bien que je comprenne que l’autre enfant a besoin de l’AVSI de mon fils. Je lui demande comment elle hiérarchise ce type priorité. Pas de réponse.

À l’heure où le ministre en charge de la famille se félicite dans les colonnes du figaro de la prise en charge renforcée des enfants autistes, voici donc la réalité sur le terrain : décisions arbitraires et/ou illégales, mensonges caractérisés, culpabilisation et intimidation des parents. La discrimination des enfants autistes a encore de beaux jours devant elle.

La presse pourrait éventuellement s’en faire l’écho.

En vous remerciant de votre attention

Jeanne-A Debats