— Vous ne restez pas pour le marché des manutentionnaires ? fit la réceptionniste en lui rendant sa carte professionnelle magnétique.

Qio secoua la tête. Il n’avait pas besoin de basse main-d’œuvre. En récupérant l’affaire de son vieil oncle qui prenait une retraite méritée, il avait décidé de conserver leur emploi aux personnels déjà en place. Sauf à la secrétaire, une créature androgyne d’une insolence déplacée et qui s’était elle-même licenciée pour « incompatibilité indéterminée ».

— Ma foi, tant pis pour eux ! fit la réceptionniste en replongeant dans son écran. Après tout, ce n’est pas mon problème.

Devant son visage que l’excitation rosissait, Qio fut presque certain qu’elle était branchée sur un jeu inter-monde ou une série 3D. Il soupira, se dirigea vers la sortie, se ravisa :

— Pourquoi « tant pis pour eux » ?

Elle releva la tête, le considéra avec un étonnement amusé :

— Parce que vos collègues non plus n’en ont pas voulu.

— Et alors, fit Qio. Ces gens-là trouveront un employeur à un prochain marché.

— Certainement pas. C’était leur dernière chance : ce sont tous des P10.

— Des P10 ?...

— Ben oui, des P10 ! Des employés qui postulent pour la dixième fois. Et s’ils ne trouvent personne pour les embaucher avant ce soir, ils...

Elle s’interrompit et le regarda, effarée. Allons ! Il la faisait marcher ! Employeurs et employés connaissaient la règle du jeu ! Ce n’était pas un secret d’état. C’était légal. L’information figurait d’ailleurs on line sur tous les sites concernant l’emploi...

Mais comme Qio continuait à la regarder, candide, interrogateur, elle se décida, légèrement provocatrice :

— Ils seront éradiqués...