Porc couché, Jean-Jacques de Boissieu   (1736-1810)


J'étais un verrat de jais, un gros porc couvert de longues soies noires, et je me vautrais dans la boue du ruisseau. Seuls mes naseaux et mes oreilles étaient exposés à la morsure du soleil matinal. Mais il a fallu qu'une troupe de cochons roses viennent me déloger à coups de groin pour prendre ma place.

Tout à coup j'étais un mouton, à l'aise au milieu d'une centaine de mes frères. Il a fallu qu'on nous parque dans un enclos grillagé. « Mêêê, fascistes ! Mêêê, stals ! Mêêê, kapos ! » m'époumonais-je en pure perte : ils s'étaient mis à trois (plus un chien) et nous n'étions qu'un troupeau.

Et je me suis réveillé au milieu du camping campagnard, avec l'herbe humide qui faisait floc-floc sous le tapis de sol. Tandis que grognements et bêlements s'estompaient dans le fond sonore, je me suis senti heureux d'être humain...




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Texte paru dans Lard-Frit n°17