Il tourne et s’agite autour d’elle dans un ballet ridicule, le visage rougi et les veines saillantes, l’haleine chargée des verres qu’il a bus avant de rentrer. La main en battoir, menaçante.

Elle ne se défend pas. Elle ne dit rien, ça ne sert à rien. Ça sera pire : si elle parle, la violence des mots fera place au choc des coups. Quand elle ne parle pas aussi, souvent.

Le laisser cracher son fiel et cuver sa vinasse sans se rebiffer parce qu’il ne le tolèrera pas.

Le laisser se comporter en monstre avec elle, pour ne pas qu’il s’en prenne aux enfants qui dorment. Leurs enfants.

Et doucement, malgré le vacarme, elle se réfugie dans son monde où il ne peut pas l’atteindre, où les maris sont tendres et où les enfants sont heureux.

Un monde où les mots ne blessent pas et où les coups ne font pas mal.

Un monde où les femmes ne sont pas battues.

Le prince charmant est un croquemitaine.