L'autre jour, je prenais un petit crème au comptoir chez Madame Irène quand je vois ma copine Lola qui s'amène, sapée comme une star. Elle est plutôt tee-shirt et blue-jean d'habitude, alors je m'étonne. « Qu'est-ce qui t'arrive ? » je lui fais. « J'ai décidé d'être une femme-objet, elle me répond. J'en ai marre que les mecs me traitent d'égale à égal, je veux être aimée pour mon corps ! » Et elle s'assied sur le comptoir dans la pose de Marylin Monroe sur l'affiche de « River of no return ».

Trois jours elle est restée comme ça. Sans parler, sans bouger. De temps en temps, on lui offrait un coup à boire, mais elle faisait celle qui n'avait rien remarqué. Les copains venaient, la regardaient, touchaient un peu en disant : « merde, c'est tout froid ! » et puis ils parlaient d'autre chose. Au bout d'une semaine, on est allés chercher son mec parce que Madame Irène râlait en nettoyant son comptoir. Il est entré, et quand il l'a vue comme ça il a pris le parti de la jovialité. Il s'est approché d'elle en disant : « alors, ma grande, on pique sa crise ? » et il lui a tapé un grand coup dans le dos. Elle est tombée en avant d'un bloc. Et elle s'est cassée en tous petits morceaux sur le carrelage du bistrot. Madame Irène a dit : « ah ! c'est malin » et elle est allée chercher une balayette. J'aurais jamais cru que Lola était si psychosomatique. Quand je pense que je la prenais pour une nana équilibrée !




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Texte paru dans Lard-Frit n°13