Il me semble que nous disons trop souvent "ou" quand il faudrait dire "et". Par exemple, on peut être homme politique ET délinquant sexuel. On peut être voilée ET féministe. Homosexuel ET chrétien. La liste est infinie.

Pourtant, une sorte de consensus social nous laisse à croire que certains mots ne vont pas ensemble ou, si ils sont utilisés dans la même phrase, c'est pour s'exclure mutuellement. N'est-ce pas, se faisant, nier la complexité de notre humanité ? Devons-nous nous limiter à des blocs de compréhensions simplistes ? La simplification est confortable, on le sait, elle permet de s'offrir l'illusion agréable d'un monde facile à comprendre et, d'une certaine façon, cohérent.

Pourtant, il me semble qu'il existe une autre forme de cohérence. Une cohérence plus profonde, bien que moins immédiate. En reconnaissant la complexité souvent paradoxale de chacun, nous acceptons de regarder les yeux grand ouverts l'autre. Et que voyons-nous ? Des différences, mais aussi, forcément, des similitudes. Parfois à peine perceptibles, parfois qui nous sont douloureuses - il est tellement plus agréable de penser que l'on a rien en commun avec un militant FN lorsque l'on est de gauche et vice versa. Pourtant, est-ce vraiment le cas ? En creusant, nous pourrions découvrir une conviction commune, si petite soit-elle, ou, qui sait, une passion partagée pour les puzzles de 2 000 pièces.

Là, en chaque autre, se cache au moins un petit morceau d'identité qui nous ressemble. Pour le voir, cela implique de mettre de côté les étiquettes ou au minimum d'accepter de les combiner dans des assortiments que nous n'avions pas encore pensés. Pour voir notre part commune, je crois qu'il est essentiel de réfléchir à la grammaire. Les conjonctions de coordination sont des mots de liaison. Efforçons-nous de les utiliser avec discernement dans notre société qui a besoin de liens qui unissent plutôt que de liens qui ligotent et emprisonnent. J'aime à croire qu'il est possible de dire : "Je suis différent(e) de toi et je suis ton ami(e)". Peut-être même : "Je suis en désaccord avec toi et je suis ton ami(e)."